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LIBERTÉ DE CRÉER, LIBERTÉ DE CRIER

mercredi 12 mars 2014

Le PEN Club français vient de publier aux éditions Henry une anthologie poétique placée sous le signe de la liberté d’expression. Thème difficile, comme le rappelle son président Jean-Luc Despax, où le risque « d’instrumentaliser le poème plutôt que de le laisser réinventer le monde à sa façon » est grand.

Françoise Coulmin, poète et membre du bureau du PEN Club Français qui a dirigé ce recueil, explique :

« Cette anthologie Liberté de créer, Liberté de crier explore les contraintes imposées par l’intime, le social, les convenances pour dénoncer les clichés, la surinformation anecdotique, les mensonges…

Les textes proposés ici amènent au niveau de conscience ce qui était bâillonné, détourné, ou difficile à dire pour enfin oser dire. Des métaphores, des allusions et des affirmations fortes la déclinent en autant de voix que de poètes, dans la pudeur, la dérision, le murmure et jusqu’au hurlement.

Parole tue, cachée, censurée, interdite, elle exprime le cri intérieur, les colères, la folie, l’errance, les violences faites aux femmes, les crises du monde actuel, l’espoir, la fraternité contre la barbarie. Des mots qui dénoncent contre ceux qui trompent et salissent pour libérer la parole contre les censures visibles et invisibles, dans la diversité et pour porter le juste. » Si cent poètes liés au PEN ont relevé ce défi, c’est que, ajoute Sylvestre Clancier, délégué général aux Affaires Internationales du PEN Club Français, cette organisation « a pour vocation première la défense, partout dans le monde, de la liberté d’expression et de création ». C’est pourquoi, ajoute-t-il « le Pen Club Français a entrepris, en 2013 et 2014, avec les soutien de la SOFIA (Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit) d’organiser et de participer à la promotion d’importantes rencontres d’écrivains...consacrées à la défense de cette liberté de création propice à la promotion d’une culture de la paix dans le monde ».

Cette anthologie sera ainsi présentée en mai prochain à Bled, dans les Balkans, lors des rencontres organisées dans le cadre du Comité pour la Paix du PEN international.

Après les poèmes de Dominique Aguessy, Max Ahlau, Maria Zaki , Jean-Luc Wauthier. voici ceux de Guy Allix, Gabrielle Althen, Matthias Vincenot et Yolande Villemaire.

Guy ALLIX

C’est tout près du silence

Tout près de l’abîme

Tout près de la mort même

Dans les ignobles fers

Dans le vacillement ultime

Et rien ne pourrait échapper

Et il n’en resterait rien

Qu’une ombre à jamais effacée

Rien que le plus pur non-sens

Un peuple sans parole

Une révolte sans écho

Un amour sans nom

… Là où l’on ne sait plus

Et alors que s’abîme le dernier souffle

Un vent d’outre mémoire

Attise un feu né de la cendre

Et s’insurge et gronde et hurle

Ce qui ne pouvait pas même se murmurer

Le poème impossible

Le seul poème

Gabrielle ALTHEN

Un mot

Pour attirer la foudre

Dans le gris sans éperons du moment

Le mot arrive

Puis il nous dévisage

- Nous

Le beau troupeau de bêtes -

La liberté qui regarde autre part

Accentue ses égards

Matthias VINCENOT

DANS LA VILLE IMPATIENTE AU PRÉNOM OUBLIÉ

Dans la ville impatiente au prénom oublié

Que tous les vents traversent

J’avais perdu l’adresse de mes désirs gâchés

Voici que mes silences s’évaporaient en douce

J’y ai vu l’improbable, mes craintes infondées

J’ai croisé ma jeunesse, ou ce qu’il en restait

J’aurais dû m’attarder au carrefour d’avant

Quand les vents me portaient, mais ils faisaient semblant

Dans cette ville absente aux singularités

Tant bien que mal, j’errais, avec un cœur sincère

Comme un charmant défaut, un décalage horaire

Et malgré tous les vents, dont on sait qu’ils dispersent

Ce qu’on croit retrouver

Dans la ville impatiente au prénom oublié

Que j’y garde le mien, comme une résistance

Aux courants dominants qui veulent dominer

Yolande VILLEMAIRE

NOTRE SAUVAGE BESOIN DE LIBÉRATION

Au printemps 2012,

nous avons marché vent debout,

à l’envers du temps,

et c’est vers nous que nous allions.

Gabriel Nadeau-Dubois

On croirait marcher dans l’air

traverser des voiles d’illusions

les chevaux de l’année du cheval accourent

crinières en feu yeux telluriques

pattes soulevant la fleur de sel de la Terre

franchissant le mur du son

ils passent à travers nous

dans une nuit rouge

qui enveloppe les corps

rebelles à toute dictature

pulvérisant les censures invisibles

créant ensemble des petites zones libres

de paroles vraies

au parfum de nouveau monde

Notre illustration : Françoise Coulmin présentant l’anthologie, au Pen Club

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