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UN AVION POUR KABOUL

mercredi 9 décembre 2009

Le renvoi par le gouvernement français de trois Afghans en situation irrégulière en France a inspiré à Nicole Barrière le poème suuivant

Un jour automnal et les rues sont nouvelles

Le soleil se balance entre les feuilles des platanes

Dans le brouillard épais et chaud de Kaboul,

Les larmes de trois hommes, déracinés de leur exil

et une fois encore, dans une rue de Kaboul

Sans papiers, la jungle pointait comme une lumière.

C’est la première fois de ta vie que tu affrontes le retour dans ta patrie en guerre

Case départ, dans les salles d’attente de la mort

Ainsi, te voilà sorti des statistiques, et ceux qui prétendent soutenir ton pays, te refusent le moyen d’appartenir aux droits de l’homme

Ils effacent de ton visage toutes les marques d’humanité par lesquelles on peut te reconnaître.

Comme il était difficile de vivre :

Tu es afghan, l’Afghanistan apparaît dans le paysage du monde comme un carré de limites et tu ne peux plus voyager, ton identité est le nœud des contradictions d’espaces en conflit.

Tu ne veux que vivre, tu ne veux qu’espérer, tu ne veux qu’aimer et tu t’es arraché à l’enfer

Aujourd’hui tu ne peux même plus nommer ton exil

Sur l’horizon les collines dispersées de Kaboul, il est effacé par l’horreur du présent,

Quelle lutte pourrait-il susciter ?

Comme vous étiez fiers, et beaux dans l’espoir de rencontrer cette source jamais connue, cette soif d’être libres que la guerre assiège depuis près de trente ans

Tu as dis neuf ans ou vingt deux ans, tu n’as jamais connu la paix. Tu t’es enfui à l’espoir qu’une autre partie d’humanité te dirait « nous t’attendons , ne pleure pas ton pays détruit, viens et fonde ici sa reconstruction »

Alors tu es parti à cet appel , à ce cri entendu dans l’hallucination des bombardements, tu as répondu « j’arrive »

Et tu pleurais de quitter ton père et ta mère, tu te séparais de la mort muni d’un passeport et du droit à être protégé, à trouver abri dans une patrie d’adoption.

Avais-tu seulement le choix ; d’être où est ton peuple, c’était de faire une guerre où ton histoire ne prend plus sens, ou l’autre alternative est d’être enrôlé dans des bataillons de la mort et

la perte de toi-même, entre ta vérité humaine et ta situation actuelle.

Il n’y a pas de place pour les amoureux sur ta terre,

Il n’y a pas de place pour les amoureux sur la mienne

Il y a cette division de nous-mêmes

Notre appartenance véritable et historique est la liberté, Non d’être soumis aux conditions de déni et de cruauté tracées par d’autres

Tout l’être même refuse que la vie s’arrête ici, comme ceux qui sont morts sans avoir vu leur pays avec les ailes libres des cerf volants, par amour total.

Que restera t-il de mémoire de ceux qui ont aimé et risqué leur vie ? Poètes, humbles et résistants, ils ceignent de leur force les hauteurs de Kaboul, la rocaille des collines, les douces vallées du Panshir.

Tu refuses l’affairement entre absurdes, tu refuses de célébrer les désirs oubliés, les suggestions qui resserrent la vie entre des murs, tu veux la liberté du galop et l’espace neigeux des cimes, tu veux l’absolu, rien que l’absolu de l’amour et de la vie.

Nicole Barrière

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