publication d’Esther Granekdimanche 17 octobre 2010
Préfaçant le recueil de poèmes "Synthèses" (2009 ISBN 978-2-7466-0960-0) le philosophe Christian Godin écrit : "On associe volontiers la poésie à une certaine mollesse ou bien, à l’inverse, lorsqu’il s’agit de poésie contemporaine, à une violence décidée. Esther Granek n’accorde aucune confiance au non-sens ni à l’arbitraire des mots mis en chaos, ses recueils antérieurs en témoignent." Préfaçant le recueil de poèmes "Je cours après mon ombre" (1981 ISBN 2-243-01450-5) l’analyse de Jean-Louis Curtis va dans le même sens : "Intelligible ne veut pas dire facile ni superficiel :ce serait méconnaître l’intelligence que de croire cela. L’apparente fluidité des poèmes d’Esther Granek, c’est la fluidité obtenue à grand labeur... ...avec une superbe indifférence pour les modes et les mots d’ordre..." LE JEU Seize sont blancs. Seize sont noirs. Alignement d’un face-à-face. Selon son rang, chacun se place. En symétrie, de part en part. Les plus petits sur le devant. Seize sont noirs. Seize sont blancs. Huit fois huit cases. Un jeu démarre. Joutes, et coups bas, et corps à corps, et durs combats. Ultime effort pour asséner à ceux d’en face : "Èchec et mat ! le roi est mort ! " Complimenté est le gagnant. Mais la revanche est dans le sang. Déjà tout se remet en place. Et du combat ne reste trace. Tout aussitôt le jeu reprend. Seize sont noirs. Seize sont blancs... N’ayant soixante-quatre cases ni trente-deux participants, mais autres nombres et autres temps, la vie, pourtant, a mêmes bases. ------------ LE DÉFILÉ Ils vont et viennent à n’en finir. Le revoilà le défilé de souvenirs, bons et mauvais, ou mornes ou tristes, ou qui font rire. On est seul avec son passé. Tous ces souvenirs sont en fête. Ils tiennent le haut du pavé. Et toujours prêts à grimacer, ils font de vous ce que vous êtes. On est seul avec son passé. Il en est qu’on enfouirait dans la pénombre des années. Il en est qu’on ne sortirait que pour leur faire un pied de nez. On est seul avec son passé. Il en est qui se chanteraient. Ils sont écrins pleins de lumière. Ils sont bouées, ils sont repères. Qu’il est doux de s’y accrocher ! On est seul avec son passé. |
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