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10 poètes, 10 mots, 10 poèmes

mercredi 9 décembre 2009

La Nouvelle Pléiade, le P.E.N. Club français, le Printemps des Poétes, la Société des Gens de Lettres, partenaires de la Délégation à la Langue française, ont proposé à 10 poètes renommés au sein de l’espace francophone et représentant des continents et des pays différents d’écrire chacun un poème original incluant les 10 mots de la Semaine de la Langue Française. Ils l’ont fait, il s’agit de l’acadien, Jean-Philippe Raîche, du belge, Jean-Luc Wauthier, du français, Sylvestre Clancier, du franco-haïtien, Jean Métellus, de la libanaise, Vénus Khoury-Ghata, du luxembourgeois, Lambert Schlechter, du québécois, Claude Beausoleil, du sénégalais Amadou Lamine Sall, du suisse, Jacques Tornay, du tunisien, Moncef Ghachem. Vous trouverez leurs poèmes sur notre site. Nous avons reproduit dans ce dossier de presse celui de Jean Métellus, Grand Prix Senghor 2006 et Grand Prix de la Société des Gens de Lettres 2007.

/// LE VISAGE D UN POEME

à mes amis poètes du Québec et du Monde
« en une seule phrase nombreuse »
Gaston Miron

S’attabler aux silences
pour en apprivoiser la langue
jubilatoire et solitaire
passerelle qui palabre

Les signes d’un rhizome
s’aventurent où toi et d’autres
dans ce siècle sans boussole
cherchez à transcrire
avec tact les traits
d’un présent pluriel.

Claude Beausoleil
Membre de l’Académie Mallarmé et du jury du Prix Senghor
Mexico, 12 janvier 08

/// Ton autre visage

Si tu perds la boussole
attable toi et pars à la rencontre de l’autre,
il est ton autre visage,
il te faut l’apprivoiser sans plus tarder.

Crois-tu qu’il n’a pas comme toi quelque secret à partager ?

Regarde le et tends lui la main,
ce sera la première passerelle
pour parcourir cette inquiétante étrangeté
qui vous fera bientôt palabrer et de façon jubilatoire,
quand, dans un premier temps,
elle risquait de vous réduire au silence.

Il ne tient qu’à toi de tisser avec tact
cette toile/étoile de la rencontre.

Elle se muera bientôt en un fécond rhizome,
celui de la fraternité,
sur cette terre qu’il vous faut partager.

Sylvestre Clancier
Président du Jury du Prix Senghor, membre de l’Académie Mallarmé
Paris, janvier 2008

/// La terre entière s’attable dans nos deux cœurs
puisque nous avons choisi la voix de l’amour
et toutes les boussoles verdissent le chemin de nos portes
les passerelles sont faites de nos bras de nos voeux
et nous avons fini par apprivoiser tous les fauves
viens avec ta bouche que j’aime et tes rires de coquillage
je me nourris toujours de ta palabre quand descend le jour
et que ton corps ton visage augurent le jazz des clairs de lune de mes nuits aux confins des mangroves
toi tu es la tige et la fleur la fidélité des hautes parures
rhizome des jardins de Babylone
la fontaine bleue jubilatoire
la ruse soyeuse de la lionne le tact imparable du désir
Avant que les étoiles ne tombent
je voudrais te dire combien
tu couds désormais de ta présence le
ciel si rebelle de ma vie

Amadou Lamine Sall
Poète
président de la maison africaine de la poésie internationale –mapi-
lauréat des Grands Prix de l’Académie française

/// Le 7 avril 1803
L‘esprit de Toussaint Louverture
S’est envolé vers Toi, ô Dieu éternel

Grâce à quelle boussole jubilatoire
S’en est-il allé
Comme par une passerelle jetée entre monts et vallées
Avec le seul tact de son génie
Apprivoiser l’âme de Flora Tristan
Née ce même jour ?

Maintenant, il s’attable avec nous
Sans palabre ni bruit

Et, libérateur, son message chemine

Vers nos visages impatients, assoiffés
Avec la force délicate d’un rhizome
Lançant bourgeons et tiges aériennes

Jean Métellus
Prix Léopold Sédar Senghor 2006

/// Toi, si longtemps à l’écart

Ce matin de soleil jubilatoire qui fond sous la main 
et se remembre plus loin comme d’impétueux rhizomes 
de quel puits d’outre-ciel est-il donc issu pour tant resplendir ? 

On ne sait dire de quoi naissent les instants qui vont et viennent, 
sans boussole partout se dirigent devant l’inattendu 
des choses et des êtres dans leurs palabres les plus informels 
dont chaque mot sera un miroir au fond duquel nous serons. 

En l’aveu des rencontres aujourd’hui est une journée d’exemple 
à vouloir enfin nous connaître tous à une même table. 
Et toi, si longtemps à l’écart, ton visage réapparaît. 
Te voici semblable à une ancienne légende apprivoisée. 

Une lumière tactile vibre au-dessus des passerelles.

Jacques Tornay
Membre du jury du Prix Senghor
Janvier 2008, Martigny (Canton du Valais / Suisse)

/// Chant

Vie et mort se confondent.
Où mène la passerelle dans le jardin ?
A la palabre de la douleur et du saxophone ?
Au silence dont les rhizomes grattent l’argile du chemin ?

Nuit et mer, elles aussi, se mélangent.
L’archéologue de la mémoire s’attable avec l’ange marin.

- Drôle de nom pour un captif qui se mange ! -
Ou est-ce manière d’apprivoiser l’enfant-chérubin ?

Toi venue sous l’exacte Balance dans la nuit magique du chant africain.
Je distille avec tact la fleur de ton visage.
M’ensoleille au pollen de ton masque aérien.
Je navigue à la boussole de ta voix,
dans le sel du sommeil.
Danse le feu jubilatoire du désir intact.
Et je ruisselle oiseau-phalène de la lumière
dans le noir archipel de tes mains.

Moncef Ghachem
Mention spéciale du Jury du Prix Senghor 2006
Sidi-Bou-Saïd, le 17/01/08

/// L’ AUTRE VISAGE

Toi,
le jaseur boréal
qui apprivoises chiendents et nénuphars
jusqu’aux rhizomes et
qui, sur la table des palabres
où s’attardent les étoiles
me tends la main
Toi,
l’autre visage
retrouvé sous les passerelles du rêve
pour l’éternel voyage sans boussoles
pour l’instant attablé sur la toile jubilatoire de la nuit
Toi
l’apôtre implacable et sans tact
de la parole blanche

Jean-Luc Wauthier
Directeur du Journal des Poètes
Belgique, janvier 2008

/// Faudra pas dire que je n’ai pas cherché je ne cherche plus vos boussoles ne m’ont servi à rien ne vous attendez pas au tact et aux politesses les méandres de mon chemin ne passeront pas par les palabres je ne viendrai pas m’attabler j’irai oui j’irai comme l’ibis d’Apollinaire prendrai sentiers de silence & de secret trouverai passerelles sans nom errant dans une paumerie muettement jubilatoire s’il n’y avait pas la noire nuit s’il n’y avait pas la sombre solitude l’éloge de l’autre n’aurait pas de prix invisible dans l’opaque terreau hiberne le rhizome promesse d’une rouge corolle et plus loin que l’hiver je me laisserai à l’aurore apprivoiser par un visage qui s’illumine : toi

Lambert Schlechter
Prix du Jury Senghor 2007

La Nouvelle Pléiade / Le P.E.N. Club français, La S.G.D.L.
Partenaires du Printemps des Poètes et de la Délégation à la langue Française
Dans le cadre de la 10ème semaine de la langue française.

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