P.E.N Club Français
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POUR LES ÉCRIVAINS OUÏGHOURS

dimanche 6 mai 2012

Le P.E.N club français prête une attention soutenue à la situation critique des écrivains ouïghours dans la région autonome du Xinjiang, en Chine (appelé aussi Turkestan oriental). Il condamne la répression d’écrivains, de journalistes et de webmestres. Il y a plus de 400 intellectuels ouïghours, actuellement, dans les geôles chinoises. Ils ont été arrêtés à la suite de la répression du conflit ethnique d’Urumqi, le 5 juillet 2009 (Urumqi est la capitale du Xinjiang). Le chiffre mentionné ici est approximatif, étant donné le manque de transparence des informations données par les autorités chinoises. Citons quelques cas particulièrement préoccupants :

Mehbube Ablesh. Journaliste et poète, elle a travaillé à la radio d’État du Xinjiang. Elle a été arrêtée en août 2008 et placée en détention dans la prison de femmes d’Urumqi pour le seul « crime » de s’être exprimée sur son peuple.

Abdulghani Memetemin. Écrivain, professeur et traducteur. Il a été condamné à 9 ans de prison, pour les mêmes raisons.

Il est impossible de savoir si ces prisonniers subissent ou non la torture ou s’ils ont accès aux soins. Voici d’autres noms d’autres écrivains ouïghours en prison, tels qu’ils ont été révélés par les médias chinois : Gheyret Niyaz ; Dilshat Perhat ; Gülmire Imin ; Memetjan Abdulla ; Nijat Azat ; Nureli Obul ; Tursunjan Hezim.

C’est la liberté d’expression de ces écrivains qui est systématiquement harcelée par les autorités chinoises. Détentions arbitraires, procès bâclés dès lors dès que quoi que ce soit de politique s’écrit sur la région, à l’inclusion de l’identité ethnique, des croyances, de l’Histoire. Ces intellectuels sont accusés presque systématiquement de séparatisme.

Il faut attirer l’attention du public français sur le cas de Nurmuhemmet Yasin. Marié, deux enfants, cet écrivain reconnu notamment pour sa poésie, reprise dans les manuels scolaires de son pays, est né le 6 mars 1974. Il a été condamné le 29 novembre 2004 à dix ans de prison pour avoir écrit la fable du « Pigeon sauvage » (Yawa Kepter). Ce récit allégorique d’une dizaine de pages, publié pour la première fois dans la revue ouïghour bimensuelle Kashgar Literature Journal, a connu un grand succès et a été primé. Il a aussi attiré l’attention des autorités chinoises, qui ont considéré que c’était une critique tacite de leur gouvernement de cette région autonome. Elles lui ont confisqué son ordinateur, qui contenait 1600 poèmes, des commentaires, des histoires et un roman inachevé. Durant le procès à huis clos qui a abouti à la condamnation à 10 ans de prison, on lui a refusé toute représentation légale et lui aussi a été accusé de séparatisme. Que dit cette fable ? Un pigeon se promène et goûte à la liberté. Il est capturé et mis en cage par les hommes. Il préfère se suicider plutôt que de vivre en captivité. Nurmuhemmet Yasin aurait été battu plusieurs fois en prison et à l’heure qu’il est peut-être est-il mort.

Nous avons été alertés de la situation alarmante des écrivains ouïghours à notre siège, par le président du P.E.N club ouïghour lui-même, Kaïser Ôzhun. Celui-ci avait au préalable fait un remarquable exposé, instructif et éclairant, sur l’Histoire de la littérature de son pays, et la censure qui pèse sur elle depuis la seconde moitié du 20ème siècle. Il a mis en avant une culture turque et une proximité linguistique avec les Ouzbeks. La situation géographique de ce territoire est privilégiée. Par ses anciennes routes commerciales reliant l’Est et l’Ouest, il a vu se mélanger la civilisation gréco-romaine, la culture bouddhiste indienne et les traditions d’Asie centrale et orientale. Les échanges commerciaux et culturels ont conféré à la région une dimension cosmopolite et extrêmement tolérante. Le mot « ouïghour » lui-même signifie « unité ». Le pays autonome ouïghour occupe un sixième du territoire chinois mais il existe des communautés diasporiques dans le monde entier, car c’est son unité même qui est contestée par la Chine. Du point de vue littéraire, les premiers textes étaient des traductions des textes religieux bouddhiques et manichéens. Le narratif et l’épique leur ont succédé. L’art dans lequel ce peuple a très vite excellé est la poésie. Elle a été écrite pendant des siècles en persan et elle a atteint un très haut niveau de composition aux 17 et 18ème siècles.

Kaïser Ôzhun a cité beaucoup d’autres auteurs dans sa riche intervention. On donnera quelques noms : Zaleli, ou au 19ème siècle Abduraim Nizari. Dans la seconde moitié du 19ème siècle le peuple ouïghour a voulu se libérer de l’occupation mandchou-chinoise et la littérature en garde les traces. Quelques noms là encore : Sadyr Palvan, Seit-Mukhammet Kashi, Molla Shakir. Bilal Nazym (1824-1899) a produit des écrits empreints de liberté et de protestation sociale pour échapper à l’oppression féodale. La poésie de Bilal Nazym, outre qu’elle tient compte de profondes recherches dans le folklore du pays, s’appuie sur la croyance philosophique du pouvoir émancipateur de l’amour. Chez les modernes, l’orateur a évoqué Abdurehim Ötkür et Teyjipan Eliyev. Ce dernier a composé « l’Ode à la Terre-Mère », mais il fut contraint d’écrire, et c’est bien symptomatique : « La Chine est ma chère mère, l’endroit de ma naissance, je suis son fils ». Un poète contemporain, Ahmatjan Osman a écrit ces vers, dans son Poème Robinson Crusoe :

Je dois partir

Pour enchaîner le monde dans mes questions

Je montrerai toutes choses

À travers les yeux du doute

Je suis le Robinson de notre époque

Je construirai

Mon île

Dans un autre monde.

Kaïser a clos son intervention par ce poème. Ce n’est bien sûr pas un hasard. C’est l’exemple d’une écriture en exil qui veut développer l’universel mais ne renonce pas à parler pour tout son peuple. Dire ce que c’est que de ne pas avoir revu les siens depuis longtemps. Kaïser le sait bien. Mais il ne témoignait pas pour lui seul au P.E.N Club. Il témoignait pour tous les Ouïghours et pour la liberté d’expression de tous les êtres humains. L’écriture est empêchée, et d’abord par l’interdiction de publication. La censure asphyxie la langue, menace une culture et affaiblit un peuple, l’attaque dans son être au-delà de son existence. Le P.E.N club de France ne peut donc qu’attirer l’attention sur ce crime identitaire et sur une atteinte incontestable aux droits de l’Homme.

Jean-Luc DESPAX, président du PEN Club français

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