Londres, 19 Novembre 2019 – Les tentatives effectuées pour censurer le livre Laissez les enfants venir à moi (Dejad que los niños vengan a mí) ainsi que le harcèlement judiciaire du journaliste colombien Juan Pablo Barrientos attestent que les autorités colombiennes n’agissent pas en faveur de la libre expression, a déclaré le PEN International aujourd’hui. L’organisation appelle les autorités à cesser ce harcèlement et à s’abstenir de contraindre le journaliste à révéler ses sources d’information, protégées par la Constitution de Colombie.

À la fin du mois de Septembre 2019, le livre Laissez les enfants venir à moi(Dejad que los niños vengan a mí), du journaliste colombien Juan Pablo Barrientos, publié par Planeta, a été mis en vente. L’ouvrage – résultat d’investigations sur des allégations d’abus sexuels sur mineurs par l’Église Catholique en Colombie – relate l’histoire des 28 victimes et des 18 prêtres qui auraient commis ces abus. La version radiophonique de 2018 du récit a reçu le Simón Bolívar Award pour la meilleur enquête radio.

Selon les rapports, dès la mise en circulation du livre, trois requêtes distinctes (‘acción de tutela’) ont été déposées au nom de deux prêtres et d’un ancien responsable de choeurs d’enfants visés dans l’enquête sur les auteurs présumés. Le dépôt d’acciones de tutela est un mécanisme courant utilisé en Colombie pour protéger les droits des individus ayant été bafoués à la suite d’une action ou d’une omission imputable à toute autorité publique. En l’occurrence, la procédure judiciaire a été conduite rapidement et a débouché sur une décision le 25 Octobre, rendue à titre de “mesure conservatoire” pendant le déroulement de l’enquête. Le juge Rafael Vásquez Gómez, présidant le Tribunal Municipal de San Rafael, département d’Antioquia, a ordonné la suspension “de la reproduction, de la commercialisation et de la vente du livre” jusqu’à ce qu’il ait examiné le texte afin de déterminer s’il avait porté préjudice à la réputation de l’un des accusés. Selon le magazine Rolling Stone, après lecture du texte, le juge est parvenu à la conclusion qu’il n’existait aucune preuve de l’intention de l’auteur de porter atteinte à la réputation du pétitionnaire, considérant que l’auteur avait, au contraire, mené une enquête sérieuse sur “des faits potentiellements avérés et vérifiables”. Par conséquent, le juge a levé l’injonction sur la vente et la distribution du livre le 5 Novembre.

Si le PEN soutien les possibilités offertes aux individus de protéger leurs droits grâce au dépôt de requêtes, la décision du juge de suspendre la publication du livre avant d’avoir procéder à sa lecture enfreint en l’espèce l’Article 20 de la Constitution de Colombie, qui garantit le droit pour toute personne d’exprimer et de diffuser ses pensées et opinions et d’informer et de recevoir des informations honnêtes et impartiales, ainsi que l’Article 13 de la Convention Américaine relative aux Droits de l’Homme, à laquelle la Colombie est partie, par lequel les droits à la libre expression et à la libre pensée sont consacrés. D’après l’ONG Fondation pour la Liberté de la Presse (Fundación para la Libertad de Prensa – FLIP), “la Cour Constitutionnelle a déclaré que les autorités, dont l’autorité judiciaire, ne peuvent établir de mesures ayant pour effet de soumettre la diffusion de l’information à leur permission, leur autorisation, leur examen préalable ou à des montages, des adaptations ou des modifications.”

Nul écrivain ou journaliste colombien ne devrait être empêché de réaliser son travail, qui est d’enquêter et d’informer les lecteurs sur des questions d’intérêt public. Les journalistes et les écrivains accomplissent leur devoir et ont le droit de s’exprimer librement dans le respect de la loi. Les autorités ont l’obligation de respecter et de protéger ces droits afin que les journalistes et les écrivains puissent mener à bien leur travail essentiel, qui ne promeut que la démocratie et la justice”, a déclaré Salil Tripathi, Président du comité des Écrivains en Prison au PEN.

Selon des informations publiées par FLIP, Juan Pablo Barrientos a été confronté à davantage de harcèlement lorsqu’un autre tribunal (Second CourtLa Ceja, département d’Antioquia), a décidé le 29 Octobre que celui-ci disposait de quatre heures pour révéler le détail de ses sources, faute de quoi il ferait l’objet de sanctions disciplinaires et/ou pénales. Cette décision enfreint le droit des journalistes à protéger leurs sources, protégé par l’Article 74 of the Constitution.

Au cours de l’enquête qui l’a conduit à la publication de son livre, Juan Pablo Barrientos a mis à jour des actes précis de pédophilie commis par des prêtres colombiens, pour lesquels les prélats n’ont informé que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Congregation for the Doctrine of the Faith), au Vatican, et non le Bureau du Procureur. Le PEN Colombien remet en cause les décisions de certains juges [les juges compétents pour les requêtes] et les exhorte à protéger les droits d’informer et d’être informé, tels qu’ils sont consacrés dans la Constitution Nationale de 1991”, a déclaré Carlos Vasquez-Zawadski, Président du PEN Colombien.

Le 14 Novembre, Juan Pablo Barrientos a confirmé que l’issue des trois requêtes lui avait été favorable. Le PEN International se félicite de ces décisions, rendues en faveur du droit de Juan Pablo Barrientos à exercer sa liberté d’expression, et appelle les autorités colombiennes à s’abstenir de soumettre celui-ci à davantage de censure ou de le contraindre à révéler ses sources.

Pour plus d’informations, merci de contacter Alicia Quiñones au PEN International : 

Koops Mill Mews, 162-164 Abbey Street, London, SE1 2AN 

email: Alicia.quinones@pen-international.org