Mohamed TADJADIT est un jeune poète algérien de 26 ans très impliqué dans le soulèvement de son peuple depuis le 22 février 2019, d’abord contre le cinquième mandat de l’ex-président Abdelaziz BOUTEFLIKA, ensuite contre le régime qui a mené le pays à la dérive.

Mohamed déclamait ses textes dans les rues d’Alger et dans les agoras mises en place par les manifestants et sur la toile, ce qui lui a valu le titre de « poète de la révolution ». Cela l’a conduit en prison : d’abord arrêté le 14 novembre 2019, puis condamné en décembre de la même année à dix-huit mois de prison ferme et 100000 dinars d’amende, la plus lourde peine prononcée dans ce cadre, à cette date, et ce pour « atteinte à l’intérêt national », en janvier 2020, il a écopé d’un an de prison avec sursis avec interdiction de s’exprimer, mais Mohamed a continué à s’exprimer et a refusé de céder aux menaces qu’il recevait régulièrement.

Épris de liberté et de justice sociale, il n’a pas arrêté de lutter depuis, mais aussi de subir le harcèlement des autorités algériennes ; depuis quelques mois, il vivait en clandestinité et se déplaçait dans plusieurs villes du pays où il était reçu par la population, suite à une tentative d’enlèvement dans son quartier où se trouve la maison parentale ; encerclé, il avait pu s’exfiltrer grâce à l’aide de voisins et d’amis.

À son dernier retour à Alger, le 21 août, il a été à nouveau encerclé avec un certain nombre de ses amis dans une maison de la casbah d’Alger ; réfugiés sur la terrasse d’une maison pendant des heures, ils ont pu sortir et s’échapper ce jour-là, mais deux jours après, le dimanche 23 août, il a été enlevé par des personnes en civil au niveau de la ville de Ain taya, dans la banlieue d’Alger. Des nouvelles ont circulé évoquant une éventuelle présentation devant le procureur le 24 août. Son avocate, Maître Meriem Kacimi, nous apprend qu’il a entamé une grève de la faim avec son coaccusé Khimoud Nourredine pour protester contre dix chefs d’accusation extrêmement lourds qui leur ont été signifiés.

Nous publions çi-dessous un poème de Mohamed Tadjadit et un hommage écrit par la poétesse d’origine kabyle Ghanima Ammour autrice de « De sang et d’espoir »

Emmanuel Pierrat, Président du PEN Club français

Michèle Gautard, Présidente du Comité pour la défense des écrivains persécutés, PEN Club français
Antoine Spire, Vice-président du PEN Club français

Traduction d’un poème de Mohamed TADJADIT

Suppression du régime militaire

et chute de l’État mafieux

le peuple libre ne se cassera point

jusqu’à ce qu’il voie son pays purifié

celui rempli par des visages de malheur.

Ô ! mon pays, tu te souviens

de tes enfants mangés par la mer

le combattant en toi a été trahi.

Moi je me souviens

ils ont tous mangé et pris

que ça soit les partants ou les arrivants

aucun d’eux n’est honnête

même ceux qui ont laissé la jeunesse

éteinte à l’année.

Nous avons dit « ils s’en iront tous »

eux et leur faux rouillée.

Mohamed TADJADIT

Poème de Ghanima AMMOUR

A-t-on cueilli le poète

au hasard d’une randonnée ?

Son seul bouclier, le peuple

a été abandonné.

Indication, indicateurs…

Infiltration, infiltrations…

Trahi où démasqué ?

Forgé au feu de la patrie,

il se confond avec elle et charrie

le cri des petites gens bâillonnées.

Mépris, musellement et harcèlement

c’est le prix à payer pour les vaillants.

Pas de panne pour celui qui carbure

à l’idéal de la justice.

Cours, cours, cours jeune poète

tes ancêtres sourient

recueillent ta sueur

pour laver l’affront

fait à leur descendance.

Cours, cours, cours jeune poète

tes jambes ne suffiront pas

à tracer le chemin de la liberté

mais tes pas résonnent et assourdissent

les lâches dans les chaumières.

Chante, chante, chante jeune poète

ta voix dérange leur sommeil

et tes mots comme un couperet

assènent le verdict qui tombe

sur ces cœurs gelés

et les condamne à perpétuité.

Chante, chante, chante jeune poète

la prison n’est pas pour toi

car nous chanterons tous à la fois

l’hymne de l’humanité.

Ghanima AMMOUR

The Pen Club calls to support the Algerian poet Mohamed TADJADIT

Mohamed TADJADIT is a young 26-year-old Algerian poet who from February 22, 2019 has taken an active stand in the popular uprising against the ex-President Abdelaziz BOUTEFLIKA’s fifth term of office and then against the regime that has brought the country to the edge of chaos.

Mohamed recited his poems in the streets of Algiers, in agoras where demonstrators assembled, and on the net, and labelled poet of the revolution as a result. He was imprisoned. Arrested first on November 14, 2019 and condemned that year to 18 months’ imprisonment and a fine of 100000 dinars – the severest verdict pronounced for « conduct detrimental to national interests » at that time – in January 2020, he received a one-year suspended prison sentence and was ordered to remain silent. He continued to voice his opinions although regularly threatened.

Despite harassment by the Algerian authorities, he refused to renounce the combat for freedom and social justice. After several months of living in hiding, moving from town to town, he escaped an attempted kidnapping close to his family house, thanks to the help of neighbors and friends.

On his latest return to Algiers, on August 21, Mohamed and some of his friends were able to escape from the roof of the encircled house in the Casbah of Algiers where they had been in hiding for hours. Two days later however, on Sunday August 23, he was kidnapped by plain clothed police in Ain taya, a town in the suburbs of Algiers. News spread to the effect that he was to come before the Public Prosecutor on August 24. According to his lawyer, Meriem Kacimi, he and his coaccused, Khimoud Nourredine, have begun a hunger strike to protest the ten very serious accusations they face.

Emmanuel Pierrat, France Pen Club’s President
Michèle Gautard, President of the Committee for the Defense of Persecuted Writers, France Pen Club
Antoine Spire, France Pen Club’s Vice-President

One of Mohamed TADJADIT’s poems is published below, as well as the poem in homage to him by Ghanima Ammour, the Kabyle poetess author of « De sang et d’espoir » (Of blood and hope).

Elimination of the military regime

Fall of the corrupt state

Freed, the people shall never falter

till their country be purified

of its afflictions.

Oh! My homeland, forget not

your children devoured by the sea

the betrayal of the combatant you used to be

I remember

They have eaten and grabbed all

Those who arrive, and those who depart

None are honest

Even those who calmed the young

with asleep

« They must go » we say

They and their rusty scythe.

Mohamed TADJADIT

And now the poem by Ghanima AMMOUR

Was it while out for a walk

That the poet was trapped?

The people, his only shield and

Henceforth abandoned.

Information, informers …

Infiltration, infiltrations …

Betrayed or unmasked?

Wrought on the anvil of his birthplace

True to his homeland

he furthers the muffled cries of the lowly.

Contempt, muzzlement and harassment,

For the courageous that’s the price to pay.

No faltering for those who stand

for the ideal of justice.

Run, run, run young poet

Your ancestors smile

as they collect your sweat

to cleanse their descendants of all insult.

Run, run, run young poet

On legs too feeble

to open the road to freedom

yet your steps persuade even deafen

the cowardly in their cottages

Sing, sing, sing young poet

Your voice disturbs their sleep

And your words, like a blade

pronounce the verdict

Condemning such frozen hearts

to forever and a day

Sing, sing, sing young poet

Prison is not for you

Our many voices will shall join

in the hymn to humanity.