Chaque année, le Prix Voltaire, décerné par l’Union internationale des éditeurs, salue le travail d’un professionnel de l’édition face à la censure et aux pressions d’organisations ou de gouvernements. En 2019, la récompense est revenue à Khaled Lotfy (aussi orthographié Khaled Lutfi), condamné à 5 années de prison en octobre 2018 — sentence confirmée en février 2019 — pour la publication d’un livre.

« Cette récompense a été décernée à un moment où j’avais besoin de soutien, de confiance et de courage pour faire face à la grande épreuve que je traverse, une épreuve à laquelle je ne pensais jamais devoir faire face dans le cadre de notre travail de promotion de la culture, pour apporter aux lecteurs les livres les plus récents et qui comptent, sans biais ou orientations politiques », a souligné Khaled Lotfy dans une lettre lue au cours de la cérémonie de remise du Prix Voltaire, à Séoul, en Corée du Sud.

Mahmoud Lotfy, frère et associé de Khaled Lotfy, a lu la missive rédigée par ce dernier au cours de la cérémonie. Khaled Lotfy est en effet emprisonné depuis plusieurs mois : en octobre 2018, un tribunal militaire l’avait condamné à 5 ans de prison pour divulgation de secrets militaires et propagation de fausses rumeurs, une sentence confirmée par un autre tribunal en février dernier.

L’Union internationale des éditeurs, qui décerne le Prix Voltaire, a lancé un nouvel appel à la libération de l’éditeur auprès du président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. Les motifs de la condamnation de Lotfy découlent en effet de la publication d’un ouvrage qui aurait considérablement contrarié le régime : The Angel : The Egyptian Spy Who Saved Israel d’Uri Bar-Joseph raconte ainsi l’histoire d’Ashraf Marwan, haut responsable égyptien devenu espion pour le Mossad, les services secrets israéliens.

« Il a déjà passé une année en prison, éloigné de ceux qui l’aiment. C’est un prix bien élevé pour avoir publié un livre », a tenu à rappeler Hugo Setzer, le président de l’Union internationale des éditeurs.

Khaled Lotfy a d’abord ouvert une librairie, Tanmia Bookshop, en 2011, avant de la doter d’une maison d’édition quelques années plus tard : Tanmia a publié de nombreuses traductions de récits d’auteurs étrangers en arabe, mais aussi des œuvres originales.