Shady Habash

A son Excellence Omar Marwan, ministre de la Justice

Nous, soussignés, demandons une enquête transparente sur la détention et la mort de Shady Habash, cinéaste, décédé en prison au début du mois, à l’âge de 24 ans. De plus, nous demandons la libération immédiate de tous les artistes et écrivains qui sont en détention provisoire uniquement pour avoir exercé leur droit fondamental à la liberté d’expression.

Habash est mort le 2 mai 2020 alors qu’il était détenu à la prison de haute sécurité de Tora. Arrêté au mois de mars 2018, il est resté en détention provisoire pendant 793 jours alors que la loi égyptienne autorise seulement un maximum de deux ans en détention provisoire. Une telle détention est censée être une mesure exceptionnelle utilisée en dernier recours par les autorités pour détenir des suspects dont elles considèrent que la libération constituerait une menace imminente. Tout ce qu’a fait Habash a été de réaliser un clip video. Son cas n’a jamais été jugé et il n’a pas été accusé d’un crime.

Le ministère public a publié un communiqué le 5 mai dernier affirmant qu’Habash était mort d’avoir bu de l’alcool désinfectant, pensant que c’était de l’eau. Un rapport public d’autopsie du 11 mai aurait confirmé la cause du décès comme une intoxication à l’alcool. Ces rapports présentent plusieurs incohérences apparentes, notamment est-ce qu’Habash savait qu’il buvait de l’alcool et à quel moment -et si, les médecins avaient décidé de son transfert vers un hôpital extérieur. Même si on s’en tient aux apparences, ces rapports ont constaté la négligence médicale des autorités de la prison de Tora dans leur manque de réactivité. Les codétenus d’Habash auraient crié et fait du bruit pendant des heures, depuis leur cellule, alors qu’il était en train de mourir mais en vain. La famille d’Habash a droit à la vérité sur les circonstances de son décès – pourquoi était-il illégalement détenu au départ ? -, ce qui ne peut être obtenu que par une véritable enquête approfondie. 

Habash faisait partie des 8 personnes arrêtées au mois de mars 2018 pour leur prétendue implication dans la chanson du musicien en exil Ramy Essam, Balaha,qui critiquait le gouvernement égyptien et qui a été publiée sur Youtube au mois de février 2018. Cependant, Habash n’a joué aucun rôle dans le développement du contenu de la chanson et a seulement réalisé le clip video qui l’accompagne. Nous sommes toujours extrêmement inquiets en ce qui concerne la détention provisoire de Mustaf Gamal qui a seulement vérifié la page Facebook de Ramy Essam ; de même, en ce qui concerne Galal El-Behairy qui a écrit les paroles de Balaha et qui est toujours en prison, condamné à une peine de 3 ans.

 Nous soutenons que ces arrestations ont constitué une grave violation de la liberté d’expression, contraire à la fois au droit international et au droit égyptien. Mais ce ne sont pas les seuls cas, craignons-nous, représentant une répression croissante de la liberté d’expression et de la liberté artistique en Egypte. Ces dernières années, nous avons constaté un accroissement inquiétant du nombre d’artistes, de journalistes et d’écrivains en détention provisoire en Egypte pour avoir exprimé leurs opinions, y compris :

  • Alaa Abdel Fattah, un blogueur et activiste de 38 ans arrêté au mois de septembre 2019 – après de nombreuses arrestations précédentes – qui est toujours en détention provisoire sans inculpation. Il poursuit actuellement une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention, ce qui soulève une réelle inquiétude quant à son état de santé.
  • Solafa Magdy, une journaliste indépendante arrêtée au mois de novembre 2019 qui est toujours en détention provisoire sans inculpation, aux côtés de son mari le journaliste Hossam el-Sayyad.
  • Shady Abouzeid, un auteur satirique de 27 ans, video blogueur et ancienne personnalité de la télévision qui est actuellement en détention provisoire sans inculpation.

Si votre ministère a fait un grand pas pour garantir la santé publique en ce temps de crise du Covid-19, la pandémie ne saurait justifier la suspension des garanties d’un procès équitable – comme l’ont affirmé à la fois l’Organisation mondiale de la santé et le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations Unies. En réalité, il y a un argument sérieux de santé publique pour la libération des personnes en détention provisoire qui est simplement de diminuer le risque de transmission du coronavirus en prison.

Le cas de Habash est un message extrêmement clair adressé aux artistes et aux écrivains à travers l’Egypte : s’exprimer de façon indépendante peut conduire à une détention illégale de plusieurs années et même à la mort en prison.

Votre Excellence, nous vous exhortons vivement à libérer tous les artistes et écrivains actuellement en détention provisoire pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté d’expression, en particulier dans le contexte du Covid-19 qui ravage maintenant les prisons dans le monde entier. De même, nous demandons une véritable enquête sur le décès et la détention illégale de Shady Habash. S’il avait été libéré, il serait encore parmi nous aujourd’hui.

Veuillez agréer, votre Excellence, l’expression de nos sentiments dévoués.

  1. Africa Human Rights Network (AHRN)*
  2. Aid A – Aid for Artist in Exile
  3. Alert-Art-Afrik*
  4. Arterial Network*
  5. Artistic Freedom Initiative (AFI)
  6. Artist Protection Fund
  7. Artists at Risk (AR)
  8. Art Moves Africa
  9. Association for Freedom of Thought and Expression (AFTE)
  10. Avant-Garde Lawyers (AGL)
  11. Belady U.S.: An Island for Humanity
  12. Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS)
  13. Cartoonists Rights Network International (CRNI)
  14. CIVICUS
  15. coculture
  16. Danish PEN
  17. Danish Film Directors
  18. Directors Guild of Flanders
  19. Documentarist ıstanbul Documentary Days
  20. Dutch Directors Guild
  21. English PEN
  22. European Composer & Songwriter Alliance (ECSA)
  23. European Film Academy
  24. European Music Council
  25. Festival international Signes de Nuit
  26. Freemuse*
  27. Hamburger Stiftung für politisch Verfolgte or Hamburg Foundation for Politically Persecuted Persons
  28. Hammerl Arts Rights Transfer (HART)*
  29. Humanists International
  30. Human Rights Film Network (HRFN)
  31. Index on Censorship
  32. International Arts Rights Advisors (IARA)
  33. International Documentary Association (IDA)
  34. International Documentary Filmfestival Amsterdam (IDFA)
  35. International Film Festival and Forum on Human Rights (FIFDH)
  36. International Film Festival Rotterdam (IFFR)
  37. International Music Council (IMC)
  38. International Theatre Institute: Action committee for Artists Right
  39. Kunstnernettverket
  40. MENA Rights Group
  41. Movies that Matter
  42. National Association of Film Authors (ANAC)
  43. Nhimbe Trust
  44. On the Move (OTM)
  45. PEN America*
  46. PEN Georgia
  47. PEN International
  48. PEN Nigeria
  49. PEN Uganda*
  50. Robert F. Kennedy Human Rights
  51. Safe Havens – the Malmö Meetings*
  52. SafeMuse
  53. Southern Africa Human Rights Defenders Network (SAHRDN)*
  54. Swedish PEN
  55. Tahrir Institute for Middle East Policy (TIMEP)
  56. The Federation of European Film Directors (FERA)
  57. The Federation of European Screenwriters (FSE)
  58. The Museum of Movements*
  59. Volksbühne Basel
  60. Which Human Rights? Film Festival
  61. PEN France

*Amani: Africa Creative Defence Network member

Source: https://pen-international.org/news/egypt-open-letter-to-egyptian-authorities-on-death-of-shady-habash.

Traduit par le Pôle des Traducteurs du PEN Club français