Chers amis, compagnons de route !

Il y a des sous-sols où l’on découpe la littérature en tranches, où l’on amoncelle les livres, les quartiers de chair. Des sous-sols où l’on met en marche les bielles de l’obscurité avec des gestes translucides, mécaniques et froids.

Il y a cette rage infinie qui taille avec un burin la chair et les os, pour donner à celui qui écrit un nouveau visage. Qui brise ses rotules, ses pieds, pour qu’il s’écroule, qu’il tombe à genoux. Qui ouvre la haute couture crânienne de son esprit, pour écraser mots et méninges. Qui lui casse les dents à coups de batte, pour lui enfoncer dans la bouche le bâillon d’autres paroles.

Mais elle n’y arrive pas. Il ne se laisse pas porter par les roues hypnotiques du désespoir ; la chaîne lacrymale ne fend pas ce qui reste de sa joue. Pourtant, la rage ne le sait pas. Elle ne prend pas garde non plus. Il y a longtemps, comme avant, comme après, que les grands mutilés de la littérature sont étrangers à tout cela.

Lorsqu’on les blesse, ils enfoncent dans l’entaille un mot. Lorsqu’on leur arrache un morceau de chair, ils mettent à la place un mot. Lorsqu’on leur tranche la veine jugulaire, en jaillissent, hauts, élastiques, des mots. Et, lorsqu’on leur coupe la tête, il y en a d’autres qui poussent, des têtes faites de mots.

Puisque le mot est plus fort que l’étau, les tenailles, les matraques éclairant de près les contusions. Il est bien plus aiguisé que le couteau planté dans le dos ; il coupe toujours les bâillons, les muselières, leurs filets diamantins.

Par ces mots de notre membre, Linda Maria Baros, le PEN-Club Français souhaite exprimer tout son soutien à Zehra Dogan et à son comité de soutien. Votre action est magnifique parce qu’elle est nécessaire.

Vive la liberté d’expression

Andréas Becker

Le PEN-Club Français

Président du Comité des Ecrivains Perséctués