Écrire, résister. Il y a bientôt 80 ans. Il y a bientôt. Cela serait-il inutile, cela serait-il oublié, ou réitéré dans le sens d’une nouvelle et durable offense ?

Si l’on écoute les jurons de la rue s’exprimant lors de manifestations parfois violentes, parfois sauvages ? Écrivains, levons-nous, à nouveau pour préserver, pour partager l’esprit vivant de tous ces morts, dans les camps par la maltraitance, dans les fours par la solution finale, dans nos rues par les coups, par les armes d’un S.S.

Cela pourrait-il se reproduire ? Cela embrume l’Europe d’aujourd’hui, le continent américain où les nationalismes durs fleurissent. Résistons. Écoutons Le Chant des marais, simplement, lentement :

Ô, terre de détresse 
Où nous devons sans cesse
Piocher
Dans ce camp morne et sauvage 
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert
Bruit de pas et bruits des armes 
Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira…

Au milieu des violences, la peur et la fierté au ventre, ils y croyaient encore. Nous n’y croirions plus ? Allons ! Dressons-nous. À la suite de ces écrivains des Cahiers du Sud qui publiaient en quatrième de couverture du n° 271 (mai 1945) juste à la sortie de la guerre : « Le mensonge et les démarches de l’erreur ne connaissent pas d’armistice. C’est dans la paix et le repos des armes, que l’esprit va retrouver son véritable état de guerre. »

Soyons vivants dans nos gestes, nos marches, nos avancées, notre écriture bien évidemment, qu’ils ne soient pas morts pour rien, Juifs, Résistants, Justes et simples citoyens du hasard qui se trouvaient au mauvais moment, au mauvais endroit. Si dans mon cœur et à titre personnel, je chante ma tante Adrienne déportée à Ravensbrück : « Et je te parle, Adrienne, et je te parle encore, ton tournoiement sur la scène comme éclair, rage bue, ta feuille de calcul comptant les jours, sépales et roses, spirales et clocher de ton rêve encerclant les tables de la loi, la carte du tendre, ta hanche, ta chevelure rousse perdue, éperdue pourtant, rutilante en nos mains lissant le texte, nos yeux sur ta bouche, goutte de rosée supposée à l’entame de la voix. » (Oui, La Rumeur Libre, 2018) votre élan, votre révolte à vous peut aussi conduire vos pas, en témoigne cet appel de notre association, le Pen club français qui nous incite à écrire, à partager, à sauver encore car il y a encore à sauver.

Jeanine Baude